Fluides frigorigènes : ce que changent
Fluides frigorigènes : ce que changent les arrêtés F-Gas du 21 novembre 2025
Deux arrêtés sont passés relativement inaperçus en cette fin d'année 2025, et pourtant ils concernent directement des milliers de techniciens en France : ceux qui interviennent sur des équipements de froid, de climatisation ou de pompes à chaleur. Au menu : une refonte des attestations d'aptitude et de capacité liées à la manipulation des fluides frigorigènes. Rien d'affolant à court terme, mais il y a une trajectoire à connaître si vous travaillez dans la maintenance industrielle, ou que vous encadrez une équipe technique. On vous explique, sans jargon inutile.
D'où vient ce changement
Si la France bouge sur ce sujet, c'est d'abord parce que l'Europe a bougé avant elle. Le règlement F-Gas III (UE 2024/573), complété par un règlement d'application (UE 2024/2215), pousse les États membres à revoir leurs exigences de compétences pour les professionnels du froid. L'idée de Bruxelles est assez simple : moins de fuites de gaz à effet de serre pendant les interventions, et un niveau de compétence harmonisé entre pays, que le technicien travaille sur des HFC classiques ou sur des fluides dits « naturels » (ammoniac, CO₂, hydrocarbures), de plus en plus présents sur le terrain.
C'est cette transposition qui a donné naissance aux deux arrêtés du 21 novembre 2025.
Deux arrêtés, deux logiques différentes
Première chose à avoir en tête : ces deux textes ne s'adressent pas au même public, et mieux vaut ne pas les confondre.
Le premier, publié au Journal officiel le 6 décembre 2025 (article R. 543-99 du code de l'environnement), encadre l'attestation de capacité. C'est un document d'entreprise : il conditionne le droit d'un établissement à intervenir sur des équipements frigorifiques, et fixe ses obligations en matière d'outillage, de personnel qualifié et de traçabilité.
Le second, publié le 10 décembre 2025 (article R. 543-106), concerne l'attestation d'aptitude. Celle-ci est individuelle : elle atteste qu'un technicien maîtrise les gestes et les connaissances nécessaires pour manipuler un fluide frigorigène en sécurité.
Une entreprise a donc besoin de la première pour exercer légalement. Chacun de ses techniciens a besoin de la seconde, à titre personnel. L'une ne remplace jamais l'autre.
Des catégories repensées
Jusqu'ici, le système reposait sur cinq catégories (I à V), héritées de l'arrêté de 2008 et construites surtout autour de la charge de fluide de l'équipement. Un découpage qui montrait ses limites face à la diversité actuelle des technologies : pompes à chaleur, systèmes CO₂, climatisation automobile...
Les nouveaux textes introduisent une autre nomenclature : A1, A2, B, C, D, E et V. L'idée est de coller un peu mieux à la réalité du terrain plutôt qu'à un simple seuil de charge. Concrètement, un installateur qui ne travaillait jusqu'ici que sur des systèmes classiques au fluide fluoré devra vérifier dans quelle nouvelle case tombe son activité, en particulier s'il touche aussi à des fluides naturels.
Le calendrier
Trois échéances structurent la transition, et elles ne tombent pas toutes en même temps.
Les arrêtés sont entrés en vigueur juridiquement dès décembre 2025, mais une période transitoire s'applique jusqu'au 31 décembre 2026 : les attestations continuent d'être délivrées selon les règles actuelles, celles de l'arrêté de 2008. Le nouveau dispositif ne devient pleinement obligatoire qu'à partir du 1er janvier 2027. Les techniciens qui détiennent déjà une attestation d'aptitude, eux, auront jusqu'au 12 mars 2029 pour faire une remise à niveau ponctuelle. Passé cette date, une remise à niveau périodique prend le relais, au minimum tous les sept ans.
Côté entreprise, rien ne change sur ce point précis : l'attestation de capacité reste délivrée pour cinq ans maximum, avec des audits de surveillance réguliers menés par les organismes agréés.
Et si on laisse traîner ?
Intervenir sur un équipement contenant des fluides frigorigènes sans attestation valide, ce n'est pas une formalité qu'on régularise après coup. Le code de l'environnement prévoit des sanctions qui peuvent grimper à plusieurs dizaines de milliers d'euros d'amende, avec une peine d'emprisonnement possible en cas de manquement caractérisé. Les organismes agréés qui délivrent les attestations de capacité sont eux-mêmes tenus de vérifier, lors de leurs audits, que chaque technicien déclaré est à jour de ses obligations, remise à niveau comprise.
Autrement dit : la conformité d'une entreprise dépend directement de celle de chacun de ses techniciens, pas seulement de son propre document.
Concrètement, pour vos équipes
Rien d'urgent à court terme. Les attestations actuelles restent valables, et aucune obligation immédiate ne pèse sur les techniciens avant l'échéance de 2029.
Cela dit, autant prendre les devants. Pour les entreprises qui recrutent ou font monter leurs équipes en compétences, c'est aussi l'occasion de vérifier que les attestations en portefeuille correspondent réellement au périmètre des interventions confiées sur le terrain, un point qu'on voit régulièrement négligé dans la pratique.
Trois choses valent la peine d'être faites dès maintenant : un état des lieux des attestations détenues, avec leurs dates de délivrance ; un repérage des techniciens les plus exposés à l'échéance de 2029 ; et surtout, l'intégration de cette remise à niveau dans le plan de formation de l'année plutôt que d'attendre le dernier moment. Les organismes évaluateurs risquent d'être débordés à l'approche de la date limite, comme souvent dans ce genre de réforme.
C'est ce que suit l'AFPI de son côté : les équipes pédagogiques adaptent progressivement les parcours de formation à mesure que les nouvelles modalités sont validées par les autorités compétentes, pour accompagner aussi bien les techniciens en poste que les entreprises qui veulent sécuriser la conformité de leurs équipes.
Vous voulez faire le point sur les attestations de vos techniciens, ou anticiper la remise à niveau à venir ? Contactez votre centre AFPI : un conseiller formation pourra vous orienter vers le parcours adapté.